Il faut bien commencer...

Je ne me souviens pas à quel moment j’ai découvert que les bandes dessinées étaient créées par des personnes. Cela avait sans doute peu d'importance en définitive, même si, comme beaucoup d’autres jeunes lecteurs, je passais des heures à griffonner mes propres aventures dans les marges de mes cahiers d’école.
Et ce n’est que bien des années plus tard que la question refit surface, au détour de discussions sur internet concernant les qualités comparées de telle ou telle bande dessinée. Au-delà de la l’histoire, certaines personnes évoquaient la qualité de la composition, de l’encrage, de l'utilisation de la couleur, l’histoire et les influences d’un dessinateur… autant de petites choses dans lesquelles viennent se nicher la passion pour l’œuvre d’un artiste.

Le virus m'ayant saisi, je vendais ma femme -à défaut de mon âme déjà largement hypothéquée, et m'achetais ma première planche originale. Je passais ensuite des heures à l’étudier dans ses moindres détails, relevant scrupuleusement tous les détails – ici un crayonné encore légèrement apparent sous la mise en couleur, les retouches et les cases découpées et refaites, les notes et esquisses préparatoires de l’auteur au dos de la planche. Cette planche, objet dont je devenais subitement le seul détenteur au monde, était une source inépuisable de petits détails à mes seuls yeux ! Un lien quasi magique venait de se créer entre la bande dessinée lue et le processus artistique qui lui donne naissance. Ce que vous tenez entre vos mains n’est plus le produit d’une machine mais l’œuvre d’art qui précède le livre imprimé. Ce dernier n’est en fait qu’une commodité ; la planche originale constitue le véritable résultat final du processus créatif de l’artiste.
C’est la clé du mystère.

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