Sempé: Un peu de Paris...

Novembre 2015

Tous les matins, en sortant de chez moi, je passe devant ce dessin de Sempé.
Et, avant de plonger à mon tour dans la foule qui envahit les rues, je ne peux m'empêcher d'adresser un petit sourire à cette foule de papier. Parfois, il me vient l'envie - ou du moins l'idée - de soulever mon chapeau, à l'image des personnages de Sempé qui passent devant un monument. N'ayant pas de chapeau, je m'en tiens à un petit sourire.
Car le monde que nous propose Sempé depuis maintenant plusieurs décennies est un monde rassurant, presque immuable, avec ses codes éprouvés: les petites filles dansent, les vieilles dames promènent leur chien, les hommes portent le costume... Une certaine idée du bonheur simple.



J'ai rédigé ce commentaire il y a quelques temps déjà et, comme quelques autres, il est resté au fond de mon tiroir électronique. Régulièrement retouché, jamais tout à fait finalisé, et puis tant d'autres choses à faire...
Et puis est arrivé ce putain de 13 novembre.
Le monde de Sempé est-il mort cette nuit-là ? Je n'ai pas envie de m'y résoudre, de réécrire cet article au passé.

Il s'agit dans ce dessin d'une scène de rue parisienne comme aime les dessiner Sempé, presque une rue de carte postale, avec sa grande brasserie et sa célèbre colonne Morris. Un dessin que Sempé a réalisé au tournant du siècle, il y a une éternité, dans le cadre de son recueil "Un peu de Paris" (Gallimard, 2001).
Ici, point de personnage solitaire perdu au milieu d'un environnement le dépassant, mais une foule de gens, seuls, en couple, en groupe, un véritable petit théâtre de la vie qui se déroule sous nos yeux.
La scène s'articule autour de ces deux hommes qui discutent, très sérieusement semble-t-il.

 
Le personnage de gauche, plus âgé, est en train d'expliquer quelque chose à celui, plus jeune, que l'on devine être un collègue de travail. Même tenue sobre, costume-cravate, même sacoche sombre, Sempé laisse peu de doute sur leur profession: ils sont banquiers, assureurs, expert-comptable...
J'aime la façon dont Sempé est capable de dresser un portrait juste, avec cette grande économie de traits qui est la marque des grands.
 Ici, les postures indiquent sans équivoque le type de relation qui s'est établie entre les deux personnes: autorité empreinte d'une certaine bienveillance pour l'un (main levée mais sans le doigt tendu, paupières mi-closes), concentration et respect pour l'autre.







Au dos du dessin figure une esquisse, une recherche d'attitude pour ce couple. 
Les attitudes y sont totalement changées, par la magie de quelques petits traits sensiblement différents: une tête plus relevée, un doigt tendu, des regards plus durs... 
Même si on ne l'entend pas, le propos est nécessairement tout autre. Sempé a-t-il changé d'idée ? Est-ce le trait qui influence voire guide le dialogue et le sens de son dessin final ? Mystère de la création...
Et ce n'est pas le moindre des talents de Sempé d'arriver à nous faire percevoir et ressentir bien plus qu'il n'en dessine. C'est bien connu, l'essentiel est invisible pour les yeux.








Mystère aussi sur ce monologue puisque aucun texte ne vient accompagner le dessin. Pourtant, il n'est pas difficile de l'entendre. Si, tendez bien l'oreille, le langage de Sempé est aisément reconnaissable. Ses personnages s'expriment souvent avec emphase, une grandiloquence qui a le charme désuet des bons mots, des belles phrases finement tournées, et qui créé inévitablement ce subtil décalage avec la banale comédie humaine qui se joue sous nos yeux.
J'ai souvent cherché à percer le mystère de cette discussion, j'en ai même esquissé quelques unes au gré de mon humeur. Il y est question de la place de l'homme dans la société, de celle de la femme en particulier, de l'avenir, de cette ambition qui nourrit une vie...
Depuis quelques jours, j'ai plus de mal à imaginer ce que peuvent bien se raconter ces deux parisiens...
Et qu'en dirait Sempé lui-même ? Il doit être bien triste aussi.

On peut remarquer que dans ses dessins, les personnages ont souvent les yeux mi-clos.


Il nous fait ressentir toute la concentration sous les paupières, le calme certainement, mais c'est aussi une certaine façon de s'extraire de la scène, du tumulte ambiant, pour se perdre dans des pensées que l'on peut imaginer lointaines...

Les femmes sont-elles l'objet de ces pensées ? Possible, tant elles marquent indéniablement ce dessin.
Elles sont belles sous les traits de Sempé, élégantes, métissées, pleines de vie, et au final on se rend compte à quel point elles sont au centre de l'attention. Les messieurs n'ont pas manqué de remarquer la jeune femme qui appelle un taxi, de se retourner sur son passage.




Mais comment échapper à cette fatale attraction ?
Elles sont partout (si si !) et le décor urbain de cette rue parisienne nous le rappelle, que ce soit sur les flancs du bus, sur les grands panneaux publicitaires ou encore sur la colonne Morris.
D'ailleurs, Sempé ne manque pas de souligner graphiquement ces éléments par un lavis nettement plus dense, rehaussé de détails, comme un coup de projecteur sur l'objet des pensées de ces messieurs.











J'ai aussi remarqué à quel point Sempé aime à glisser ici et là quelques détails, quelques scénettes dans la grande scène, comme pour mieux nous inviter à prêter une plus grande attention aux petites choses de la vie.

Ici, ce sera ce couple visiblement amoureux qui file, bras dessus bras dessous, alors que juste en arrière plan on peut distinguer une serveuse en train d'aider une cliente à remettre son manteau.




Rien de pittoresque dans ces détails, simplement de la justesse et le regard tendre de Sempé.

Ici, assis à la table du restaurant, on devine un couple élégant, discutant devant une flûte de champagne. L'homme est à peine esquissé mais la femme est beaucoup plus détaillée: sa tenue, ses bijoux, sa posture, jambes croisées, une cigarette à la main.

Et plus on entre dans ce dessin, plus on tombe sous le charme car on réalise la somme de détails et le soin qu'a apporté Sempé à la genèse de son petit monde.

Un monde d'homme, comme comme on peut penser que nos deux personnages principaux en discutent. N'empêche semble dire Sempé, tout continue de tourner autour des femmes...



Enfin, tout au fond du décor, un peu perdu dans le flot des passants, des bus et des voitures, il y a ce petit bonhomme. Une silhouette à peine esquissée, la casquette vissée sur la tête, immobile devant une vitrine de sous-vêtements féminins. Pris en flagrant délit comme dans une célèbre photo de Doisneau, notre homme observe cette jambe interminable. Petit détail pour un petit plaisir simple...


Depuis le jour où j'ai découvert Sempé, j'ai une tendresse toute particulière pour son monde. Non pas que Paris ou New-York soient mes univers quotidiens, mais j'aime m'y plonger, m'y perdre avec la certitude de pouvoir retrouver toutes ces petites choses rassurantes de la vie, chacune à leur place.
Sempé fait cela à merveille, et en ces temps pour le moins troubles, il est bon de croire que ce monde là n'a pas encore disparu.
Merci à lui.

Jean Giraud, Moebius

10 Mars 2012.

 Adieu cow-boy !


Will Eisner

Après un maître belge, place à une des grandes figures de la bande dessinée américaine. Will Eisner (1917-2005) fait partie du panthéon de la Bande Dessinée, à la fois auteur complet et grand théoricien de son art.
La planche dont il est question ici, intitulée La source (The fountainhead dans la V.O) est issue de sa trilogie consacrée à New-York, plus exactement du tome 1 "La Ville" (Big City). Cet album est une véritable mise en scène du New York d'Eisner, une compilation de petites histoires construites autour des éléments de décor des rues (grilles d'égout, lampadaires, perrons d'immeubles, boîtes aux lettres, bouches d'incendie...) ainsi que de grandes illustrations. Ces planches ont été publiées dans The Spirit Magazine, entre 1981 et 1983, à l'époque où il enseignait à l'Ecole des Arts Visuels de New York (célèbre école fondée par Burne Hogarth).



Que dire de cette planche ? Peu et beaucoup à la fois.
J'ai une tendresse particulière pour cette planche. Dès le premier instant où j'ai posé les yeux dessus, il s'est passé quelque chose. Elle me plaisait, correspondait à ce que j'aime chez Eisner, avec un bel encrage et une belle composition... mais il y avait quelque chose d'autre. Et il m'a fallu du temps pour trouver ce dont il s'agissait.

Parmi les collectionneurs d'originaux, la célèbre expression "madeleine de Proust" revient régulièrement pour évoquer une planche originale, source de nostalgie.
Je me suis plongé il y a peu dans le roman de Proust, Du côté de chez Swann, plutôt ennuyeux je dois reconnaître mais très bien écrit. Du moins, j'ai retrouvé le plaisir simple des beaux mots, des longues phrases... La madeleine qu'il décrit dans le fameux passage n'est pas tant un souvenir de son enfance que la porte d'accès à des souvenirs oubliés, et c'est bien une partie du propos de Proust que de distinguer ces deux types de mémoire. Une planche originale nous ramène à une partie de notre enfance et permet de faire vivre des souvenirs, des émotions, toujours vivaces en nous. Mais ce n'est pas à proprement parler une Madeleine proustienne. Et pourtant, avec cette planche, j'ai trouvé une "vraie" madeleine...
Avant d'en arriver là, j'avais pu apprécier le talent de composition d'Eisner.
Avec la publication de 'Un Pacte avec Dieu' (A contract with God), en 1978, Eisner avait franchi une étape clé dans sa façon d'aborder la bande dessinée et notamment la composition de ses planches et dès lors, il n'aura de cesse d'explorer de nouvelles pistes.

J'ai pu retrouver un scan du crayonné de cette planche (malheureusement, ce crayonné ne m'appartient pas), et découvrir le travail de mise en place, mais aussi les correctifs apportés sur la planche finale.


On peut constater qu'Eisner est revenu sur son idée de faire figurer un immeuble sur la partie droite de la planche, contribuant ainsi à alléger la représentation. La majeure partie de la planche est occupée par cette grande case, grande illustration à elle seule, marquée par une composition diagonale le long de laquelle coule l'eau, de haut en bas. On peut voir qu'Eisner a encore accentué l'angle de cette pente "naturelle" sur la planche finale, et donc de l'écoulement de l'eau.

Nul gaufrier ici, les bords de case ont disparu, allégeant d'autant la narration. Seule l'action de l'employé de ville se trouve encadrée, mais comme mise en dehors du flux narratif en empiétant sur les deux autres séquences. Le personnage de l'employé de ville apparaît en décalage avec les autres, l'air bourru, renfrogné, et pourtant c'est son action, l'ouverture de la borne d'incendie, qui va apporter de la joie aux enfants de la rue. Les apparences sont trompeuses...



Cette rue, Eisner ne nous en donne à voir qu'une petite partie, un bout d'immeuble dans le coin supérieur gauche de la planche. Discret, nul besoin d'en rajouter pour ressentir le genre d'immeuble que cela peut être, la perspective est à peine esquissée au lavis. Les occupants essayent de trouver un peu d'air, écrasés par la chaleur d'un mois d'été, au balcon ou sur le perron.



De cet immeuble, et de ceux que l'on imagine en arrière plan, jaillit une véritable meute d'enfants, criant, riant, et c'est tout le talent d'Eisner de nous donner à "entendre" le bonheur de ces enfants. Nul besoin de bulle ni d'onomatopée pour entendre cette joie, le trait dynamique et tout en rondeur, tout en douceur d'Eisner suffit pour nous faire participer à cette scène.



Car c'est l'été, et l'heure d'aller à la plage ! Et quelle plage ! Avec son yacht, ses vagues, ses fonds sous-marins, ses baigneurs insouciants, ses rochers d'où se font les plus téméraires des plongeons ! Et tout cela, au coeur même de New York. Pas de place pour le misérabilisme chez Eisner, on sent dans son oeuvre une véritable affection pour ses quartiers, un amour pour ces petites gens. Alors comment ne pas s'attacher à toutes ces bouilles de gosses si heureux ?



C'est la force de ce genre de composition où chacun de ces enfants à lui tout seul raconte une histoire: la jeune fille (maman ?) qui protège le bébé des bêtises du trio de copains espiègles, le solitaire rêveur adepte de mondes sous-marins, l'aventurier au long cours qui rejoue sa traversée des grands océans, la maman attentive qui ose à peine lâcher son enfant dans le grand bain, la petite fille intrépide prête à se jeter à l'eau du haut de son perchoir, aux pieds de son grand frère qui lui complique la vie en créant des remous, jusqu'au plus paisible d'entre tous, rondouillard petit garçon profitant le plus sereinement du monde de ce moment de détente...




J'aime cette vision que propose Eisner de New York, ce réalisme simple et efficace, touchant, à rapprocher d'autres visions de cette grande ville, comme celle d'un Sempé (avec ses magnifiques couvertures pour le New Yorker) ou celle d'un Woody Allen (Manhattan), très différentes les unes des autres, mais chacune témoignant d'un véritable amour.










En 2009, la traduction éditée par Delcourt commençait sur ces mots de Will Eisner:
"Je me suis lancé dans la création dune série de "photographies" bâties autour de neuf éléments clés, qui, rassemblés, constituent ma vision d'une grande ville... De n'importe quelle grande ville.

Vu de loin, la plupart des grandes cités ne sont qu'une accumulation de grands bâtiments, de populations nombreuses et de vastes superficies. Pour moi, cela ne représente pas la"réalité".
La ville telle qu'elle est vue par ses propres habitants constitue en revanche le véritable reflet de cette réalité.

L'essence même de la ville se trouve dans les crevasses de son sol, et dans les recoins de son architecture, là où le quotidien s'insinue.
Peindre un portrait est une tâche très subjective, qui reflète finalement ma propre vision des choses. Le fait que j'ai grandi à New-York m'a amené à bien connaître son architecture et son mobilier urbain. Mais j'ai pu découvrir de nombreuses autres grandes villes, et ce que je propose ici vaut, à mon sens, pour toutes ces cités."


Les dessins sont réalisés au pinceau, à l'encre puis dilués, ce qui produit un trait plus doux et différents tons de gris. La planche est réalisée sur un carton très épais.



J'ai passé une bonne partie de mon enfance à jouer dans la rue, ma rue devrais-je dire tellement j'en connaissais chaque recoin, chaque parcelle comme si elle faisait partie intégrante de ma maison. Aujourd'hui encore, je n'ai nul effort à faire pour la revoir, sentir et ressentir quasi physiquement ses trottoirs, ses réverbères, ses plaques d'égoût, son panneau de signalisation, sa borne incendie... Sa borne incendie ! La voilà ma madeleine autour de laquelle tournait ma mémoire sans arriver à trouver une explication à ce sentiment étrange. Et tout d'un coup, le souvenir m'est apparu.
Maintenant, je sais pourquoi cette planche me touche profondément.

"Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir." (A la recherche du temps perdu)

A Louis

Jijé

Après du moderne en couleur, voici du classique en noir & blanc.
Un retour aux sources avec cette planche originale d'un des maîtres de l'école de Marcinelle et pilier du journal Spirou, Joseph Gillain dit Jijé (1914-1980).
Cette planche est issue de sa série Jerry Spring, de l'album "Les vengeurs du Sonora" (planche n°10).


image plus nette en cliquant dessus

Cette histoire fut publiée dans les pages du journal Spirou, du 10/06/1965 (n°1417) au 28/10/1965 (n°1438). Elle ne fut éditée en album qu'en 1974, dans la collection spéciale grand format N&B de Dupuis, puis en album classique couleur en 1985.

J'ai découvert Jerry Spring comme on découvre un trésor. Au sens premier du terme. Enfant, je passais toutes mes vacances chez ma grand-mère, dans un petit village perdu dans la montagne noire, aux pieds de châteaux cathares. Le lieu rêvé pour toutes les aventures ! Mais ma grand-mère craignant que le petit citadin que j'étais ne s'ennuie en sa compagnie, elle dénicha chez une de ses voisines une de ces grosses malles en bois cerclés de cuir, entièrement remplie de BDs ! Il devait y avoir là plusieurs centaines de magazines, fascicules et autres albums: journal de Tintin, Spirou, Pif, Mickey Parade, Roudoudou, Strange... près d'un quintal de pur bonheur ! Seul problème, il y avait de nombreux numéros de magazines absents et ça n'aidait pas à suivre les histoires... Mais peu importe, une fois triées les histoires mal dessinées (Corto Maltese...) et les gags pas drôles (Spirou...), il restait de grandes aventures avec de vrais hommes à cheval, des pistolets, des indiens, des montagnes sauvages ! Pour autant, la lecture de Jerry Spring me laissait perplexe. Comment un cowboy digne de ce nom pouvait-il être ami avec un mexicain ?!? Ceux-là mêmes qui avaient tué lâchement Davy Crockett durant le siège de Fort Alamo (John Wayne, 1960) (celui qui n'a jamais porté avec fierté la célèbre toque en vrais poils synthétiques ne peut pas comprendre) ! Et que dire de son attitude humaniste face aux terribles et cruels indiens dont il épargnait trop souvent la vie ? Non, décidément, les histoires de Jijé était vraiment trop bizarres... mais bon, il n'avait pas d'égal pour dessiner les chevaux ! Et ça, pour le dessinateur en herbe que j'étais, ça imposait le plus profond respect.
Le temps a passé, mais aujourd'hui encore, je reste en admiration devant la façon dont Jijé dessinait les chevaux en action, la fluidité de son trait au pinceau lui permettant toutes les audaces dans leur mise en scène.



Jijé fut un auteur prolifique, auteur de près de 70 ouvrages en près de 40 ans de carrière, avec des séries comme Blondin et Cirage, Jean Valhardi, Jerry Spring, Tanguy et Laverdure, Spirou, etc. que ce soient des créations ou des reprises.
Mais au-delà de sa place dans l'histoire de la BD, ce qui m'a marqué en lisant ses différentes interviews (dont l'excellent livre d'entretien Franquin/Jijé), c'est la personnalité du bonhomme. Voila un dessinateur qui n'hésitait pas à laisser une série pour passer à une autre, qui était capable de rendre dingue Goscinny en ne suivant pas son scénario, et tout ça pour une unique raison: se faire plaisir ! Et ce mot, plaisir, revient un nombre incalculable de fois dans ses interviews, comme un leit-motiv, une ligne de conduite. En relisant dernièrement certains albums, je me suis rendu compte à quel point cela transpirait dans ses planches, formatait son travail même au détriment parfois du scénario. Jijé était un sacré personnage, je peux comprendre l'influence qu'il avait, l'attraction qu'il exerçait sur une génération de grands auteurs comme Giraud, Franquin ou Morris. C'est vraiment regrettable qu'il soit aujourd'hui en passe de rejoindre le panthéon des auteurs oubliés...

Cette planche de Jijé fut ma première planche originale acquise en vente aux enchères. Quelques secondes de stress et je me retrouvais l'heureux propriétaire d'une de ses madeleines qui font la joie des collectionneurs... et souvent le désespoir de leur épouse.
La planche était en deux parties, reliées entre elles par un vieux ruban de scotch jauni et dont la colle avait en partie traversé le papier. J'ai hésité à la conserver telle quelle, dans son jus, mais en dehors de l'aspect inesthétique, ce serait dommage de la laisser continuer à se dégrader. J'ai fait appel à une restauratrice qui a fait un superbe travail, en nettoyant pour le mieux les traces de colle sans intervention agressive (type bain de chlore). J'ai pu alors faire encadrer la planche originale.



J'aime bien ce moment où la planche reprend une nouvelle vie, extraite définitivement de l'album, où, pour mon seul plaisir, la narration se trouve suspendue. L'observation des éléments qui la constituent en est alors facilitée: les cases, les gouttières, les récitatifs, les bulles, les personnages, le trait... Et bien que connaissant déjà l'histoire, une autre lecture devient alors possible, que ce soit en embrassant la planche dans sa globalité ou bien en laissant zigzaguer son regard.
Ce qui marque immédiatement ici, c'est cette grande case, pleine de mouvements, d'aplats noirs, où le pinceau de Jijé fait des merveilles, souple et précis, dynamique en même temps. Une belle réussite !


Dans cet album, Jijé innove et change sa mise en page. C'en est terminé des planches composées de trois grands strips de quelques cases, approche classique mais quelque peu rigide. Le passage à quatre strips s'accompagne d'une composition plus complexe qui gagne nettement en dynamisme en faisant souvent exploser les cases au gré de l’action. C'est avec cette technique que Jijé produira, à mon sens, les plus belles planches de Jerry Spring.

Pour en arriver à cette superbe case, Jijé va conduire le lecteur au travers d'un découpage précis, très cinématographique: le premier strip voit l'entrée en scène du héros, par la gauche, tout en mouvement. Le récitatif, telle une voix-off, ne semble ici que décrire la scène et venir donc doublonner avec le dessin. Pourtant, ça fonctionne très bien car le texte de Jijé vient en fait renforcer l'ambiance et le dynamisme de la scène par l'utilisation d'un vocabulaire traduisant la vitesse d'exécution ("à peine", "en un éclair", "saute", "tout en", "bondit").



Jijé accentue encore le dynamisme de cette séquence en donnant à Jerry, héros plein d'allant, une position exagérément inclinée dans la deuxième case, telle qu'il est peu probable qu'un homme parviendrait à la tenir. Mais ici, en bande dessinée, ça marche ! Cet axe incliné, renforcé par le jeu des ombres sur le personnage, est aussi le point de départ d'une ligne de force qui va traverser la planche jusqu'à la grande case.



On pourra noter sur cette case la particularité vestimentaire du héros de Jijé: il porte son jean par dessus ses bottes, contrairement à tous les autres cowboys. Un petit détail, mais une façon de se distinguer, de marquer sa différence. Lorsque Giraud, élève de Jijé, créera le personnage de Blueberry en s'inspirant fortement de Jerry Spring, il ne conservera pas ce détail (mais trouvera d'autres moyens pour particulariser son personnage).

Le second décrit la mise en place du piège tendu par le héros, et le suspens autour de sa réussite.


La grande case présente les effets du piège, réussi, et la planche se termine sur l'annonce de la poursuite de la chasse à l'homme. C'est reparti !



Cette planche a connu trois formes de publication:
- en noir et blanc avec une trame monochrome beige (journal de Spirou),
- en noir et blanc (collection Grand Format de Dupuis),



- en couleur (publication en album Dupuis), sur la base du calque de mise en couleur (les couleurs proposées sur ce calque étaient-elles de Jijé ou bien d'un studio ?).







L'année 1965 fut une année riche. Ce sont les débuts de Giraud, qui aidé par Jijé pour la couverture, publie le premier album de sa future série culte Blueberry, "Fort Navajo". La même année, Peyo publie dans le journal de Spirou une des meilleures histoires des Schtroumpfs, "Le Schtroumpfissime", pendant que Morris se distingue avec une histoire de Lucky Luke, "Des barbelés sur la prairie". De son côté, le genre western au cinéma fait sa mue, avec l'émergence du western spagetthi. Le héros n'est plus ce cow-boy lisse et parfait, face aux méchants indiens ou aux bandits mexicains, cette vision trop manichéenne est dépassée ("Les Cheyennes" de J. Ford). Mais cette révolution là, Jijé l'avait déjà anticipé depuis longtemps...

Masbou

La vie trépidante et exaltante (si si !) de collectionneur d'originaux est faite de moments de rêve, d'envie, de doute, d'actes manqués, mais aussi, de temps en temps, de vrais coups de chance. C'est un peu tout cela avec cette planche de Jean-Luc Masbou, tirée du Tome 1 (Le secret du janissaire) de la série De Cape et de Crocs.


Prologue
Novembre 1995. Mon premier festival BD. Ce sera celui de Colomiers. Je m'y rends en touriste avec un copain collectionneur de BD (grand fan de Bourgeon, Loisel... et des 4 As, tout le monde a ses secrets inavouables !), n'ayant pas vraiment d'idée sur ce que l'on peut bien trouver sur un salon consacré à la BD. Sur place, l'ambiance est sympathique et de nombreux dessinateurs sont attablés, dédicaçant leurs BDs aux fans.
Je découvre ainsi Coyote qui vient tout juste de sortir un nouveau "Little Kevin". Je l'observe en train de dédicacer, puis nous bavardons un peu; voir des dessins, même de simples dédicaces se former sous mes yeux a quelque chose de magique (comment diable fait-il pour tenir correctement un crayon avec des bras aussi énormes -et tatoués !).
A quelques mètres de là, un tout jeune dessinateur réalise de superbes dessins à l'aquarelle. Il s'appelle Jean-Luc Masbou et publie sa première BD chez Delcourt, la jeune maison d'édition qui monte: "De Cape et de Crocs". Il y a un petit attroupement de curieux autour de lui mais comme il n'y a que deux personnes qui attendent (j'imagine la tête des chasseurs de dédicace actuels en lisant ceci !), j'achète l'album et patiente. C'est de l'achat totalement impulsif, je n'ai aucune idée de ce que ça raconte, du style même de dessin. J'ouvre l'album par la dernière page (comme toujours pour une nouvelle BD, ça fait partie des tics inexplicables et passablement stupides que je n'arrive pas à contrôler...). Bonne première impression, les couleurs sont belles, ça respire la grande aventure ! Rassuré, je peux ouvrir une page au hasard: ce sera la page 11. Et une grosse claque comme je les aime !

Acte I
Pour ceux qui ne connaîtraient pas la série De Cape et de Crocs, il s'agit d'une série d'aventure, une oeuvre théâtrale qui tire son inspiration tour à tour de la littérature classique (Les fourberies de Scapin, Cyrano de Bergerac...), de la Comedia del Arte, des romans de cape et d'épée et de la culture populaire.

Basée sur un jeu de rôle inventé par Masbou et Ayrolles, Contes et Racontars, la série brille par son ton unique, son ambiance jubilatoire, portés par des dialogues enlevés et la sublime mise en couleur de Masbou.

Sur la double page 10&11 une séquence nocturne est baignée dans une palette de couleurs utilisant une multitude de variations de bleu, de laquelle émerge cette première case toute en lumière.


Masbou déclarait dans une interview: "J’estime que si je veux faire rentrer des gens dans mon image, ce n’est pas tellement le dessin qui est important, c’est surtout la couleur et l’ambiance colorée que j'y mets".
Tout y est pour camper le décor d'une riche cabine de navire et son ambiance : les dorures, le riche mobilier, le tapis finement orné, l'instrument de musique, la carte, le compas et bien entendu, le fameux coffre.
Les couleurs sont chatoyantes, riches et lumineuses, au service d'une réelle mise en scène, au sens théâtral du terme: le renard, Armand Raynal de Maupertuis, entre dans la cabine comme il entre en scène, avec cette posture à la fois fière et élégante. C'est d'ailleurs une des constantes dans la représentation des personnages de l'histoire, Masbou les dessine dans des postures exagérées, tels des acteurs sur une scène.

Acte II
Mais ce qui m'a frappé immédiatement dans cette planche, c'est cette grande case centrale, aussi explosive que... silencieuse.


Ce n'est pas tout à fait du Tex Avery, mais cette armée de pirates turcs bondissants, jaillissant comme des diables, armés jusqu'aux dents (au propre comme au figuré ! cf zoom ci-dessous), simultanément, de la cale du navire, et le loup fuyant à grandes enjambées, donnent à cette case un tel dynamisme que l'on a presque l'impression de la voir s'animer devant nous.

La galerie de portraits des pirates turcs est un vrai régal, on sent réellement le plaisir de Masbou à dessiner ce genre de scène et ces trognes.







Paradoxe amusant sur cette case, alors que cette série fait la part belle aux dialogues, cette case où devraient exploser les cris et les hurlements se trouve sans le moindre phylactère ! Masbou n'a pas jugé nécessaire d'en rajouter, les visages et les corps parlent suffisamment d'eux-mêmes. Et il a eu raison.

Acte III
Cette fameuse case horizontale constitue la chute d'un gag longuement préparé, depuis plusieurs planches.
En effet, à l'évocation du navire comme étant une galère turque
, le Renard corrige en précisant qu'il s'agit plutôt d'un voilier turc, une chébèque (référence à Molière avec la réplique « Mais que diable allait-il faire dans cette chébèque ? »). Précision de vocabulaire, si cher à Ayrolles et Masbou, qui trouve toute sa justification dans la séquence où le Loup, croyant délivrer les galériens "de la chiourme barbaresque", libère... les marins turcs !
Le Loup va faire les frais de ce quiproquos et pour accentuer cela, Masbou cadre sa scène selon le point de vue des marins turcs, tapis dans la cale, le Loup apparaissant en ombres chinoises, comme la victime désignée. La révélation du quiproquos du Loup se fait alors tout simplement en jouant sur la forme des yeux dans le noir. Ce procédé sera repris en toute fin du tome 3.



Sur la planche originale on peut
encore voir la mise en place du texte au crayon à papier dans les bulles.
J'ai
longtemps hésité à demander à Masbou de rajouter le lettrage sur la planche, pour profiter aussi du texte qui constitue une partie de l'intérêt de cette série (paraît-il que certains auteurs acceptent). Pour finalement ne rien en faire. De toute façon, je connais déjà les répliques par coeur...

Entracte
Le genre de petit détail, clin d'oeil humoristique, que Masbou glisse régulièrement dans ses planches et que je n'avais pas remarqué à la première lecture : le loup dissimule son visage en portant... un loup, bien entendu !


Acte IV
Dans le troisième strip, le rythme s'accélère sur l'ouverture du coffre et la découverte de la carte au trésor: découpage en cases plus étroites, le phylactère à cheval sur deux cases, le texte lui-même est saccadé.



Les case 7 & 8 seront réutilisées, assemblées devrais-je dire, pour constituer le cul de lampe de la page de titre.




L'accélération du rythme conduit directement à un dernier gag, petit coup de théâtre qui vient refermer cette séquence initiée par l'entrée en scène du renard, et lancer un suspens de fin de planche.
A noter l'onomatopée "CRAAC" au moment de l'enfoncement de la porte, faite de lettres en bois.




Epilogue
Début 2005, je me décide à acheter une planche originale de De Capes et de Crocs. J'entre en contact avec JL Masbou puisque il vend lui-même, en direct. Il n'a plus rien à vendre du tome 1, pas grand chose du tome 2. Je fais traîner les choses, je n'arrive pas à m'arrêter sur une planche précise...
Juin 2006. De passage à Paris pour la journée, je décide au dernier moment de m'arrêter dans une galerie avant d'aller prendre un avion. J'entre, et la première chose que je vois, posée sur le dessus des fardes, la planche n°9 de Masbou !
En dépôt-vente, depuis le matin même. Et chez moi le soir-même !
Moralité: de la patience... et de la chance.
Et
Rah Lovely, comme dirait l'autre !

Technique:
Masbou utilise de l’acrylique en impression directe sur un papier épais,
la planche mesurant 43x31 cm.

Bonus
Petites dédicaces obtenues lors de rencontres avec JL Masbou. La deuxième, celle d'Eusèbe, fut utilisée sur le faire-part de naissance de mon fils.




Peyo

Pas de planche cette fois-ci, mais une case.
Une simple case, mais d'un des grands noms de la bande dessinée, Pierre Culliford dit Peyo (1928-1992).



A ma connaissance, toute relative il faut le reconnaître, il y a assez peu d'originaux des Schtroumpfs en circulation. Peut-être sont-ils "enterrés" chez quelques collectionneurs discrets ? Plusieurs planches de l'album "Le schtroumpfeur de pluie" sont passées en vente publique, mais il s'agit de travaux du Studio Peyo, et pas de Peyo lui-même.

Cette case a été achetée en vente aux enchères, lors d'une vente Coutau-Bégarie (un grand merci à mon ami François !).
Il s'agit d'une case que Peyo a choisi de redessiner, issue de l'histoire "Le faux Schtroumpf".
Cette histoire fut publiée
en tant que supplément du Spirou n°1211 (été 1961), sous la forme d'un mini-récit (le n°68 pour être exact), réédité en 2008 par le journal Le Soir.


Dupuis publia par la suite cette histoire dans l'album "L'oeuf et les Schtroumpfs", en 1968, quatrième album de la série.


L'histoire: Gargamel, transformé en petit être bleu, tente d'intégrer la petite communauté des schtroumpfs afin de se venger. La vengeance sert de fil conducteur à une succession de tentatives aussi drôles que vaines, menées à un rythme soutenu.

Lors de sa publication en album, Peyo décida de redessiner toute l'histoire.


Il est intéressant d'essayer de comprendre ce qui peux pousser un dessinateur à refaire entièrement son album. Il ne s'agissait pas ici de corriger des défauts graphiques mais plutôt d'une véritable refonte de la narration.
Dans la première version, en mini-récit, la séquence dont il est question ici (Gargamel, transformé en schtroumpf, rencontre un schtroumpf mais ne comprenant pas leur langue il s'ensuit une suite de malentendus qui conduisent à une bagarre) est découpée en 12 cases. Dans la version publiée en album, cette séquence s'étale désormais sur 19 cases. Par ailleurs, on pourra noter que l'histoire est désormais présentée sous forme de 5 strips par planche au lieu de 4; Peyo reviendra à une structure plus aérée de 4 strips lors des albums suivants).
Peyo s'est attaché à décomposer la plupart des cases en deux, séparant questions et réponses du dialogue de sourd entre les deux schtroumpfs. Ainsi, il peut jouer sur toute la palette d'expression de ses personnages, et clarifier la séquence. On a au final ici un bel exemple du sens du découpage de Peyo et de ses fondamentaux: clarté, simplicité, efficacité.
Yvan Deplorte disait de Peyo: "
de tous les auteurs de bande dessinée que j'ai pu rencontrer, Peyo était le meilleur raconteur d'histoires."
Peyo excellait aussi bien dans l'art difficile de trouver des sujets d'histoires à raconter aux enfants (les scénarios de l'après Peyo sont affligeants) que dans la manière de les raconter.

En outre, on ne peut s'empêcher de voir dans ce découpage plus fin le goût de Peyo pour l'animation, la séquence finale se rapprochant très près de ce que pourrait être une version animée de cet épisode.



Pour en revenir à ma case, il est intéressant d'essayer d'imaginer la réflexion que Peyo a pu mener.

La 1ère version (mini-récit)

Ligne claire classique, simple: le personnage est appuyé sur le bord inférieur de la case, le décor est réduit à sa plus simple expression (quelques herbes sous le personnage).

La version d'étude

Peyo donne de la profondeur a son dessin, le schtroumpf étant représenté cette fois-ci au milieu de la case. Dans la foulée, il crée un décor (fleur, feuilles de salsepareille, buissons). En revanche, il ne touche pas à l'attitude du personnage, à l'expression de son visage.
La case redessinée est beaucoup plus riche, plus réussie. Pour autant, ce n'est pas tout à fait celle-là qui sera retenue dans la version finale.

La version publiée

Peyo s'est probablement rendu compte qu'il était allé trop loin dans l'enrichissement du décor, perdant de vue le sacro-saint principe de lisibilité. Il va donc faire machine arrière sur les ajouts de végétation, libérant ainsi plus d'espace aux petites étoiles virevoltant autour de la tête du schtroumpf, ce qui constitue la principale information de la case. Au passage, Peyo en profitera pour retravailler l'attitude du personnage, la rendant plus souple (l'articulation de l'épaule apparait), et en tournant légèrement l'angle de vue pour mieux faire apparaître la position du personnage (son second bras devient visible).

On a donc ici un bel exemple de cette recherche de lisibilité, pilier de la fameuse ligne claire. La case non retenue, pourtant plus "belle" que la case finale, est moins réussie d'un point de vue de la lisibilité au sein d'une planche. A ce sujet, Franquin lui-même disait à propos de Peyo: "C'est la qualité d'un dessin de Peyo : tu mets sa planche au mur, tu recules de cinq mètres, tu vois très bien ce qui s'y passe : il sait dessiner clair ! "

Un peu plus qu'une case
Cette case a une saveur particulière pour moi.
Je l'ai offerte à ma fille pour son anniversaire, le 17 juin. Bien entendu, il y avait les inévitables cadeaux Hello Kitty et autres, mais au milieu il y avait ce cadeau d'un genre un peu spécial, cette case encadrée.
Toute petite, je lui racontais chaque soir avant de s'endormir une histoire des Schtroumpfs. C'est ainsi que je suis devenu un expert mondial en imitation de Cracoucass, Grossebouffe et Gargamel. Et pour ce dernier, de son perpétuel leitmotiv "je me vengerai !". Et au moment de quitter sa chambre, toujours trop tôt selon elle, elle se relevait dans son lit et, en brandissant son petit poing, me lançait la fameuse phrase en rigolant.
Cette case, c'est un peu un lien particulier qui nous relie, ma fille et moi, souvenir de moments privilégiés, trop courts, qui n'appartiennent qu'à nous. Un bout de complicité qui tient sur un tout petit carré de papier. Magique, non ?
Cet original est accroché au dessus de son lit, puisse-t-il y rester longtemps encore.
Bon anniversaire ma chérie !